Samedi 26 avril 2008

Hier, j'ai (enfin) récupéré les clefs de mon appartement après trois mois de soucis en tous genres. Ca y est, je suis propriétaire. Et ça va chier pour la pendaison de crémaillère.

Mais non, je ne veux pas vous parler immobilier. Simplement, j'ai la chance d'avoir un agent absolument formidable. Parfois je me dis que les gens n'existent que pour me permettre de remplir ce blog.

Ainsi, je récupère les clefs, je fais un dernier tour du propriétaire, et je lui demande quelle boîte aux lettres est la mienne. Il hésite, se penche sur ses fiches, marmonne dans sa barbe.

"Ca, je ne sais pas. Va falloir que je regarde dans mes papiers le nom de la personne qui habitait ici avant. Avec un peu de chance, son nom sera encore sur une des boîtes".

Il farfouille, il farfouille, puis relève les yeux avec une expression de triomphe.

"Ah, ça y est ! C'est M. ou Mme Vacant !"

...

...

Je crois qu'il n'y a rien à ajouter.

par Batracien
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Vendredi 25 avril 2008
Vous vous rappelez les "combles", ces blagues à deux balles qu'on échangeait quand on avait huit ans et qu'on trouvait extrêmement subtil et très recherché ? Mais si, vous n'avez pas pu passer à travers.

Exemple qui me revient à l'esprit:
- Quel est le comble du pâtissier ?
- De faire des éclairs pendant un orage

Vous voyez que ça allait chercher loin.

Plus tard, les combles sont devenus un peu plus délicats et sophistiqués, comme le prouve ce comble inhumé d'un cahier de classe de 4e:
- Quel est le comble de la confiance en soi ?
- Péter en pleine gastro

En 4e, on est glamour ou on n'est pas.

Enfin bref, tout ça pour vous dire qu'on devrait rajouter un comble à cette liste. En effet, jeudi dernier, j'étais au téléphone en voiture (sans oreillette) avec Gajal. Je sais, c'est mal - et je n'ai plus beaucoup de points sur mon permis.

On discute, on discute, je vois un policier, je baisse aussitôt le portable pour éviter son regard inquisiteur. Ouf, tout va bien. On reprend la discussion, je vois un nouveau policier, je baisse de nouveau le portable, j'évite le pire. Ouf bis. Je continue la conversation, je vois le parking de l'entreprise que je dois visiter, je m'y engouffre, je commence à me garer, je vois un policier.

Puis deux.

Puis trois.

Puis dix.

Qui me regardent fixement.

...

Le comble de l'inattention, c'est d'oublier qu'on a rendez-vous avec un préfet - et de pénétrer dans le parking d'un commissariat avec un téléphone au volant.
par Batracien
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Mardi 22 avril 2008

Plusieurs jours après l'événement, il était temps de vous narrer l'Histoire Extraordinaire de la Ressortissante Paumée Extrême-orientale et Sensuelle (que nous appellerons donc Herpes, par une coincidence vocabulairesque qui en surprendra plus d'un).

Vous êtes prêts pour la narration ? Alors je narre.

Jeudi dernier, je prenais comme d'habitude le train pour rentrer de Metz sur Paris, tout cela est passionnant. A coté de moi s'installe une jolie asiatique avec un gros sac, je l'aide avec son sac, c'est tout aussi fascinant. Vu mon état de fatigue et de délabrement intellectuel, je n'engage pas la conversation mais je m'étale dans mon coin pour dormir tranquillement sur l'heure de trajet.

Arrivée en gare, je récupère mes affaires en me disant que tout de même, c'est un peu con de ne pas avoir discuté, pour une fois que j'avais une fille physiquement vive d'esprit comme voisine. D'habitude, c'est plutôt le businessman en perdition ou la vieille varicée de près qui argémentent mes voyages. M'enfin bon, fatigué, pas envie de parler, je laisse donc passer l'événement.

Sauf que du coup, alors que je descends sur le quai, c'est elle qui engage la conversation.
"Exquise mi, juno vaseline steven is ?" me demande-t-elle avec candeur.

Bon, je n'ai rien compris mais on me parle de vaseline, je ne peux que hausser un sourcil. Il y a du potentiel, reste à trouver un moyen de communiquer. Je prends donc mon expression la plus internationale pour lui sortir un "what ? you talkin to me ?" du plus bel effet. J'ai hésité à rajouter "you fuck my wife" mais bon les relations avec la Chine étant ce qu'elles sont aujourd'hui, je préférais garder une chance de dresser ma flamme olympique.

Elle répète, elle répète, et finalement je comprends à travers son accent à couper au couteau qu'elle me demande où est la ligne 7 (excuse me, you know where the line 7 is ?). Ca tombe bien, c'est ma direction. Je l'accompagne donc et on discute un peu, maintenant que j'arrive à me faire à son accent. Elle m'explique qu'elle est en voyage en Europe pour un temps et que son mec est à Hong Kong. Je hoche la tête avec sagacité. Damn, pourquoi est-ce que je croise tout le temps des gens en couple ? Une sorte de malédiction. Une fée bourrée à ma naissance. Faut croire.

Bref, nous continuons à discuter joyeusement, blabla et alors les français sont sympas blabla et hong kong c'est comment blabla bite blabla couille blabla vive Paris. Ma station va bientôt arriver, je me prépare à m'esquiver, et elle me donne son numéro/mail pour rester en contact. Fort louable.

Sauf qu'à ce moment précis, un businessman français d'au mois soixante ans qui suivait la scène d'un oeil paternel n'y tient plus et se décide à intervenir dans un anglais largement meilleur que celui qu'on pratique tous les deux.
- Ah, c'est magnifique de voir ça, c'est pour ça que je dis à mon fils d'apprendre l'anglais sérieusement, ça permet de faire de superbes rencontres dans le métro, bravo jeune homme.

Le jeune homme, c'est moi. Je le regarde stupidement.
- Oui, enfin en même temps elle est maquée
- Ouais, mais bon ça ne m'a jamais dérangée, intervient la fille avec a-propos.

Et mon arrêt arrive, les portes se referment, je me retrouve seul, tout con avec un papier déchiré dans les mains et un businessman hilare qui me fait de grands signes derrière le dos de la fille.

Tain ya plus de jeunesse, ya plus de vieillesse, ya plus de valeurs, mais où va le monde ?

par Batracien
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Dimanche 20 avril 2008

Pour ceux qui ont suivi, hier se déroulait donc la superbe séance de dédicace qui allait lancer ma carrière d'auteur au firmament et me permettre de rejoindre Mallarmé ou Gemmell au panthéon des auteurs qui ont un peu la classe. Mais évidemment, tout cela ne pouvait se passer normalement. Non, puisque ça me concernait, il fallait forcément que la lose intervienne à un moment ou à un autre. Et là, paf, ça a déjà frappé la veille.

Ben oui parce que bon. Pris d'un subit doute, et après un contact téléphonique avec la maison d'édition, je me suis tout d'un coup dit que bon, inviter plein de monde comme ça sans en parler à l'organisatrice, ce n'était pas forcément une bonne idée. D'où un mail plein d'amour et de tendresse, avec un lien vers ce blog,

Je vous donne un conseil pour votre carrière d'écrivain éventuelle: ne signez jamais "bisou sur le nez" pour quelqu'un que vous ne connaissez pas, il est possible qu'elle le prenne mal - et elle l'a mal pris. Enfin, ça plus le fait qu'on la prévenait au dernier moment, plus le fait que bon, le ton de l'article passait semble-t-il mal. On pourrait presque croire que j'étais critique envers l'événement. Alors que non, pas du tout, la preuve, j'y suis allé et j'y ai passé un très bon moment.

Bref. Je ne suis pas encore sur place que déjà une remise en place, la vie est rude pour les jeunes padawans. Le regard voilé, la queue basse, j'en ai été réduit à annuler pas mal de gens qui m'avaient envoyé des mails (merci à vous, vous vous reconnaîtrez, je réserverai mes bisous sur le nez à vous dorénavant). Finalement, c'était plutôt une bonne chose parce que les livres se sont arrachés.

Il faut dire qu'il n'y en avait que sept.

Donc forcément.

Ca n'a pas pris très longtemps.

Forcément.

Sept.

Ah ben oui.

Donc forcément.

Mais n'anticipons pas: à l'heure dite, le sexe en vrille et l'oeil pétillant, je me trouve devant le 39 rue de Bretagne pour le début de la séance de dédicace. Les choses ont l'air prometteuses: c'est une grande librairie, classieuse et tout, avec des lecteurs à l'air sérieux et le dadouronron de la clim. Je hausse un sourcil appréciateur, tout prêt à rejoindre mon pupitre - mais en fait non, ça n'est pas ici et ils n'ont jamais entendu parler de dédicace. Je fronce le sourcil, je me mords la lèvre, je grimace - j'ai un visage très expressif.

Puis je ressors et je constate mon erreur: en fait, ce n'est pas dans la librairie que les choses vont se passer, mais dans le Marché des Enfants Rouges, comme marqué sur le flyer. Ca m'apprendra à lire en diagonale. Et accessoirement ça mentionnait un cadre afro-antillais et je ne vois rien d'afro ni d'antillais dans l'alignement soigné des bouquins de philo.

D'une démarche toujours altière, je slalome donc entre les étals du marché ("il est bon mon ananas, tout frais de saison, élevé en France quasi-métropolitaine !" et "Pas frais mon poisson ? Tu veux tomber dedans comme quand t'étais petit ?") pour arriver finalement au Corasol, un traiteur afro-antillais au fond de la cour.

Les gens sont déjà là, je me présente un peu honteux. Coucou, c'est Grenouille, oui, on s'est parlés hier, ça va, tu ne m'en veux pas trop, haha, soyons bons amis. On notera au passage deux choses. D'une part, la couleur de mes yeux m'a encoré sauvé d'une mort atroce par T-baguisation instantanée (Charlotte Bousquet me fait peur, parfois). D'autre part, mon éditrice ressemble comme deux gouttes d'eau à mon amour de prépa à sens fortement unique, dont je vous parlais dans ces pages (celle qui a grossi et s'est mariée). C'est super perturbant.

L'énorme avantage de dédicacer chez un traiteur, c'est qu'il y a la bouffe à proximité. De la nourriture super bonne d'ailleurs pour ce que j'en ai testé. Sans compter leur cocktails antillais, des tipunch de folie, des daiquiris et des Pina Colada qui coladaient vraiment. Alors ok, ce n'est pas vraiment ce que j'avais compris en lisant le flyer, mais au final l'atmosphère déchirait sa mère dans un bocal d'Ariel mâtiné de lessive ordinaire et ça, c'est le plus important.

Bon, j'avais annulé la plupart des gens mais il y en a quand même qui sont venus, ce qui m'a d'ailleurs permis de revoir des amis d'enfance que j'avais perdu de vue depuis, houlà, au moins ça. Par contre, grosse déception causée par Flamèche, qui est venue finalement mais sans son déguisement de Pom Pom Girl. Pourtant, tout le monde attendait Claire Bennett, je crois qu'elle a fait des déçus.

Merci aussi à Alexiane et Eamimi d'être venues salir leurs tenues dans les ruelles du marché, c'était très sympa de passer, et encore plus de vous refourguer l'anthologie (mwhahha). Maintenant j'espère que vous allez aimer, si vous détestez j'aurai l'air un peu con. Tant que je suis dans les remerciements, bisou sur le nez à mon Monsieur F préféré, à Futurehealer qui est passé en fin de journée, à Daviso et sa femme qui ont absolument voulu que je leur fasse une dédicace en alexandrins, à Gajal qui a voulu que ce soit en vers et sans la lettre e, aux autres qui heureusement étaient moins déjantés, à Mrik et Val (Mrik et Val !!!) pour leur ressuscitation, et à Cham qui fut la première et qui a rogné sur son sport pour venir, c'est dire.

Au final les auteurs étaient adorables, l'organisatrice m'a pardonné j'espère, l'éditrice avait une fan très sympathique, la patronne de l'établissement a gardé le sourire du début à la fin malgré le boulot que ça a dû lui demander, et on s'est beaucoup plus amusés que dans un lieu plus conventionnel et forcément plus froid.

Le salon du livre ? Moi ? Jamais, ça manque de Pina Coladas.

 

par Batracien
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Vendredi 18 avril 2008
S'il y a bien une chose que je ne supporte pas, s'il y a bien une chose que je hais, c'est les gens avec l'esprit étroit. Ceux qui non seulement sont intolérants de base, mais qui en plus veulent imposer leur vision du monde.

Regardez-moi. J'aime bien les filles minces. Est-ce que j'essaie pour autant de convertir les gens qui préfèrent les grosses ? Non ! Et puis ça en fait plus pour moi, comme ça.

Mais là, j'ai vécu une journée atroce. J'ai pris en bandoulière un de mes commerciaux, qui ne dépend même pas de moi (si j'avais eu un mot à dire dans son recrutement, sérieusement, on n'en serait pas là), et je l'ai emmené en rendez-vous pour qu'il puisse terminer sa formation.

Ca voulait dire six heures de voiture ensemble. Six heures ! C'est déjà beaucoup quand on aime bien les gens. Quand on commence à les haïr au bout de vingt minutes de trajet, c'est un peu le drame.

Petit florilège des pensées de notre ami:

- Les filles qui ont eu plus de deux ou trois expériences dans leur vie sont des salopes
- Les femmes doivent de toute façon arriver vierges au mariage
- Sa femme ne sortira jamais en boîte ou en tout cas ne dansera jamais sur un podium ni ne portera de tenue provocante
- C'est normal que les mecs dominent, sinon pourquoi seraient-ils plus costauds ?
- Pour un mec, c'est normal de tromper de temps en temps, ca fait la vidange. Mais pas trop parce que sinon c'est un manque de respect
- Une femme qui trompe son mec, c'est une moins que rien à abandonner sur le champ
- Les femmes qui bossent alors qu'elles ont des enfants sont des connes qui ont rien compris à la vie et qui manquent d'hormones
- Les homos sont quand même un peu dégueulasses, il a rien contre eux, mais bon les voir se toucher ou s'embrasser, ça donne envie de vomir.

Face à un tel specimen, j'ai hésité pendant quelques heures entre lui défoncer le crâne à coups de cric ou l'abandonner sur une aire d'autoroute. Au final je lui ai expliqué qu'il me gonflait profondément, et la fin du trajet s'est fait dans un silence de mort.

C'est dans des moments comme ça que je suis heureux d'avoir un peu de pouvoir dans cette boîte et qu'il ne terminera pas sa période d'essai. Je lui souhaite fortement de se faire empaler par un bouquetin sauvage qui trainera son corps encore vivant sur quelques kilomètres au-dessus d'une croûte de sel avant de le faire tomber dans les mains d'un quelconque Fourniret de bas quartier qui le sodomisera avec une planche à repasser jusqu'à ce que mort s'ensuive.


par Batracien
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