Samedi 29 septembre 2007

On dira les choses comme on voudra, en faisant ou non la pub pour Ikea, le fait est là: je n'ai absolument aucune mémoire à court terme.

Pourquoi je parle de court terme ? Parce qu'une fois que quelque chose est engrangé, il est là, indestructible, inoubliable, au fond de mon esprit. Vous voyez de quoi je veux parler, le truc complètement inutile, qui ne vous servira jamais à rien, mais que vous SAVEZ ("oui, je connais par coeur les paroles et le rythme des chansons de Thiefaine, ça t'étonne ?").

Dans le genre, je connais par coeur des paroles de chanson évidemment, mais aussi des phrases de bouquin lus voici des années, des points de règle sur tous les jeux que j'ai pu faire, des numéros de téléphone de personnes que je ne reverrai sans doute jamais. Et à côté de ça, c'est le gouffre. Mais quand je dis le gouffre, dites-vous bien que Padirac à côté, c'est de la rigolade. C'est tellement douillet comme grotte que des indigènes ont certainement déjà lascauxisé l'intérieur et installé l'électricité.






Vous ne me croyez pas ? Quelques exemples au hasard. 

Il y a deux-trois jours, on me contacte sur facebook. "Coucou" me dit-on, "tu te souviens de moi ?". Réponse: non. Absolument pas. Mais alors vraiment pas, hein. Du coup je crois que j'ai vexé quelqu'un car depuis elle ne me parle plus.

Il y a trois semaines, je reçois un texto "ça tient toujours pour m'héberger en octobre ?". Euh, plaît-il ? Où suis-je ? Qui me parle ? Je rappelle, penaud, pour essayer de comprendre de qui il s'agit. La voix, le nom ne me disent rien. Il paraît que c'est quelqu'un qui lit le blog et avec qui j'ai discuté il y a un moment sur msn. Ah bon ? No souvenir. Pourtant, j'ai laissé mon numéro donc c'était sûrement formidable et intense. Mais là non.

Avant-hier, c'était l'anniversaire de ma mère à moi que j'ai, que j'en ai une seule, donc que j'y tiens quand même un peu. Bah heureusement que ma soeur que j'ai (que j'en ai une seule, donc que j'y tiens quand même un peu) m'a envoyé un message pour me rappeler que ce serait une bonne idée de me manifester, parce qu'évidemment j'avais complètement zappé.

Il y a un mois, je reçois un coup de fil d'un ami (enfin, d'une connaissance plutôt). Il est samedi, on est 23h, je me rends en soirée; il me demande ce que je fous, je lui réponds plait-il, il me rappelle que j'avais confirmé voici deux semaines ma présence à son anniversaire et qu'il m'attend donc. Oh.

Et c'est tout le temps comme ça.

Mes amis, qui me connaissent bien et arrivent à me supporter, en ont à peu près pris leur parti. Lorsqu'ils organisent quelque chose un peu tôt, ils n'oublient pas de m'envoyer un texto pour confirmer une journée à l'avance, puis une heure à l'avance. Ca donne d'ailleurs des moments un peu vexants, où on est sur le chemin de la soirée et qu'on reçoit huit fois de suite "alors, t'es en route ?" de huit personnes différentes.

Même lorsque c'est super planifié, comme l'anniversaire où je suis allé la semaine dernière, ça peut partir en couilles. Genre là, on m'avait tellement confirmé qu'il fallait que je vienne que j'avais merdé dans la date et que je croyais que c'était deux semaines plus tôt. J'avais bloqué mon samedi pour rien. Beuh.

Bref. Je n'ai pas de mémoire, je crois que je vais arrêter de vous donner des exemples au risque de commencer à radoter en oubliant ceux que j'ai écrits au début de l'article. Parce que ça aussi, c'est un risque. Surtout avec le blog. Entre les gens qui le lisent et ceux que je croise, il y a toujours une chance sur deux que l'anecdote que je raconte soit déjà connue. C'est un peu la lose.

A une époque, j'avais trouvé une solution simple et élégante. J'avais une kyrieleve de poche comme mémoire externe. A l'inverse de moi, il semblerait qu'elle ait des souvenirs très précis. C'était pratique, il suffisait d'appeler le vendredi dans la journée en demandant le planning du week-end et elle répondait "bah écoute Grenouille ce soir on va à la soirée chez Gauthier, samedi après-midi t'as un truc avec tes potes je crois, samedi soir c'est le truc en banlieue, dimanche tu te reposes mais le soir t'as le Trevise". 

Ouais, j'avoue, c'est sympa. Mais les meilleures choses ont une fin, j'ai tout cassé ma mémoire externe à force de la solliciter, et maintenant faut que je compose sans filet.

En même temps, l'avantage, c'est que la vie offre 'achement plus de sources d'émerveillement quand on découvre les choses plusieurs fois.

"Oh, un nouveau range-CD".



par Batracien
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Vendredi 28 septembre 2007
Hier, je vous ai fait bosser avec énergie et acharnement sur des sujets d'article. Vous avez été brillants, créatifs, inventifs.

Du coup je n'ai retenu aucune suggestion.

Pas pour tout de suite, en tout cas. Vous inquiétez pas, je garde ça sous le coude pour la prochaine panne d'inspiration: la suite du manuel, la présentation de l'arlésienne, les nouvelles pratiques sexuelles, plein de trucs passionnants. Mais là, j'ai trouvé beaucoup mieux.

Devant vos petits yeux ébaubis, je vais vous parler baignoire.

Dans mon appartement, très bien rangé, magnifiquement agencé, superbement meublé, j'ai aussi une baignoire. Ce qui est un luxe, sur Paris.

C'est d'autant plus un luxe qu'elle est raisonnablement grande et qu'elle permet donc éventuellement d'y rentrer à deux si on se serre un peu. Bon, généralement, quand on prend un bain avec quelqu'un, c'est qu'on n'a rien contre se serrer, mais je préfère juste prévenir au cas où si vous voulez essayer avec une personne avec qui vous avez peu d'affinités, comme votre contrôleur des impôts ou le président du syndic, celui qui hurle quand on le nique quand on fait une soirée arrosée
.

Bref.
Il y a une grande constante dans les couples, c'est de prendre au moins une fois une douche à deux. La sensualité de l'eau chaude, les lèvres qui se mélangent sous la transpiration, la chaleur qui monte, les corps qui fusionnent, les mains qui s'égarent, généralement on ne finit pas forcément plus propres qu'on a commencé, mais au moins on s'est bien amusés. Sauf si on n'a pas d'eau chaude collective et que la température chute brutalement, ce qui a tendance à faire chuter d'autres choses, tout aussi brutalement.

Les bains, c'est différent. C'est censé être calme et relaxant, un espace de paix et d'harmonie entouré de bulles pour raconter sa journée et parler tranquillement dans une atmosphère feng shui, l'impression de flotter avec les corps pressés l'un contre l'autre, seuls contre le monde qui nous entoure, tout ça tout ça.

Bon. Ca, c'est la théorie.

En pratique, ça marche comment ? Déjà, vous vous rendez compte que vous n'avez pas de mousse, ce qui est gênant pour un bain moussant. Si vous avez de la chance, votre copine a tout prévu. C'est elle qui est censée se charger des trucs féminins, en même temps. Elle vous amène donc des trucs over-girly, genre de l'essence de romarin à la papaye goyavisée, ou de la cerise arômatisée à la pomme-banane. On se demande un peu d'où ça sort.

Comme vous êtes quelqu'un de confiant, vous versez tout ça dans le bain, et vous attendez les bulles.Sauf que, comme c'est un échantillon qui doit dater de Mathusalem, ça marche moyen. On peut même dire que ça ne marche pas du tout. Niveau odeur, ya pas de souci, ça sent bien la pomme-banane-papaye-goyave. Mais niveau bulles, on attend toujours.

Pas grave, ce n'est pas l'essentiel. Il est maintenant temps de pénétrer dans le bain. C'est là que les choses se compliquent. Lorsqu'on est tous les deux grands, ça laisse moyennement de la place pour l'eau et encore plus moyennement pour les deux personnes qui normalement devraient chercher à se détendre mais là essaient surtout de trouver une position confortable.

Comme vous êtes quelqu'un de galant (en plus d'être formidable), vous laissez la place confortable à votre copine et vous vous retrouvez contre le robinet qui vous rentre dans le dos. Vous avez une pensée émue pour les souffrances indicibles que vous subirez demain, et vous vous consolez en vous disant que vous avez placé le mot indicible dans un compte-rendu de blog.

Au bout d'un moment, vous réalisez que ce serait vraiment plus pratique si vous étiez tous les deux dans la même direction. C'est quand même plus sympa. Elle a l'esprit pratique, votre copine. Bon point. Mais bon, reste à mettre en application cette brilante idée avec une souplesse digne d'un poulpe nain unitentaculiste. On se lève, on se casse à moitié la gueule, ça glisse, il fait froid, vite se retrouver dans l'eau, on se casse la gueule, pas grave, pas de blessure ouverte, c'est déjà ça.

Quand on est enfin calés, reste le problème de la température de l'eau. Avec toutes nos conneries, ça a tiédi. On va donc se servir du pommeau de douche pour rajouter de l'eau chaude avec parcimonie. Le mot clé étant évidemment parcimonie. La fille hurle, le mec râle, les deux souffrent, on finit par trouver le juste milieu.

Il n'y a plus de bulles, mais l'eau est enfin bonne. Les corps sont pressés l'un contre l'autre, et il y a une odeur de romarin dans l'air (ou un autre truc aussi pervers). Pas un bruit, juste le clapotis des vagues à chaque fois qu'une main change de position.

Et on nous dit que les bains sont relaxants.



par Batracien
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Jeudi 27 septembre 2007
Bon.

J'ai pas trop d'idées et je n'ai pas le temps, là, maintenant, tout de suite, parce que je dois filer en urgence à Blois pour donner un coup de main à un de mes commerciaux qui se démerde comme un manche (mais un manche pas trop incompétent quand même, faut pas déconner).

Du coup, comme j'ai jamais encore fait le paresseux sur ce blog et que vous aimez bien le panem et le circoncis, je vous laisse la main. Dites-moi quel sujet vous voudriez que j'aborde dans le prochain post.

Je me rappelle que la dernière fois, j'avais été contraint par des posteurs un peu cruels à parler de Kumqwat (orthographe non contractuelle). J'ai un peu honte. J'ai beaucoup souffert.

Donc là, soyez sympas, trouvez moi des sujets agréables.  Promis, je les traiterai avec dignité. Ou pas.
par Batracien
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Mardi 25 septembre 2007
Ok, la date ne correspond pas. Ok, le jeu de mots est foireux.

Mais en même temps, je suis tellement content d'avoir récupéré un over-blog qui marche à peu près suite à toutes les manipulations qu'ils viennent de nous faire ces derniers jours, on mettra donc ça sur le compte de l'émotion.

Et puis aujourd''hui, je buzz. Je buzz même par anticipation, puisque je vous parle d'un événement auquel je n'ai même pas encore assisté. C'est dire à quel point je buzz bien (sauf que je ne sais même pas où a lieu l'événement ni même quand, putain, et ma mémoire externe qui faut grève, je suis pas aidé tiens).

Enfin je sais quand même que c'est l'Apple Expo et qu'on m'a envoyé un Pass Press.

Et là vous me demandez: mais pourquoi ? Tu t'es vendu au Grand Capital en échange d'un nettoyage de ton appart ? Ca y est, tes notes sont motivées par l'appât du gain ?

J'ai un peu envie de répondre oui, mais en fait là non. C'est juste que ces boulets* de Rumeur Publique viennent de me faire parvenir mon pass, et qu'évidemment ils y ont fait apparaître le nom de mon blog, pour bien m'identifier.

Ils auraient pu mettre "blogger", j'aurais assumé avec morgue.
Ils auraient pu mettre "Grenouille Bleue" et j'aurais essayé de garder ma dignité en souriant nerveusement devant les mères de famille ébaubies.

Mais non, le destin** en a destiné autrement. Et je pense que je vais donc raser les murs, parce que je ne sais pas trop comment je vais pouvoir assumer de porter ça.







Bon, pour ceux qui connaissent mon nom de famille, c'est encore plus lamentable.

Mais je serai bien là. Rien que pour dire que la honte, c'est comme le calice, ça se boit jusqu'à l'hallali.




* Mais non, Cé, je t'aime, reviens. 
** Il a bon dos le destin en même temps
par Batracien
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Dimanche 23 septembre 2007
Vendredi soir, je voulais dormir.

Non, parce que c'est vrai, au bout d'un moment on commence à atteindre ses limites. Selon les gens, vous allez en avoir qui se défoncent au boulot et qui se reposent le soir - et d'autres qui se reposent pendant la semaine pour se déchirer le week-end.

Globalement, je fais plutôt partie de la deuxième catégorie.

Seulement voilà, quand on est dans un équilibre de sommeil précaire comme ça, suffit d'un peu d'imprévu pour que tout parte en couille. La fameuse crevaison sur l'autoroute, par exemple, ou bien une autre nuit blanche dans la semaine qui a un peu compliqué les choses. Du coup, vendredi, j'étais un zombie au boulot - et je ne rêvais que d'une chose, retrouver la fraîcheur de mes draps, lavés avec amour dans ma nouvelle machine à laver à moi que j'ai - et avec assouplissant, s'il vous plaît.

Mais bon, même les meilleures résolutions peuvent partir en couilles. Par exemple lorsque vous avez un Gauthier qui obtient enfin, après un an de recherche, le poste de ses rêves, et qui veut légitimement fêter ça au champagne pour montrer que maintenant, power, desire, ça va chier, c'est lui que v'la.

Moi je l'aime bien le Gauthier. Et le champagne aussi, forcément. Alors quand on me place devant un tel dilemme, je ne peux que secouer ma fatigue, jeter un regard navré à mon lit, et passer sous la douche pour essayer d'ouvrir les yeux à travers l'eau brûlante et l'Axe Réveil Difficile Pour Lequel Je Fais De La Pub Alors Que Je Suis Meme Pas Payé Pöur Que Ca En Est Honteux.

Bon, il y a un niveau d'épuisement à partir duquel même l'eau chaude ne fait pas grand chose - m'enfin je m'habille vaillamment et je titube vers le métro pour rejoindre les neuneus habituels. Après tout, il y a un canapé confortable chez le Gauthier, je suis bien placé pour le savoir, c'est moi qui l'ai défoncé dans un moment d'ébriété regrettable. Donc je me roulerai en boule dans un coin avec ma flûte dans la main, je porterai le toast qui va bien au moment qui va bien, et je dissimulerai mes ronflements du mieux que je pourrai.

Evidemment, rien ne se passe comme prévu. Il est 23h quand j'arrive, complètement ravagé. Il est 1h quand tout le monde décide d'évacuer pour continuer dans un bar. L'horaire de merde, juste ce qu'il faut pour ne plus avoir de métro. J'ai du mal à garder les yeux ouverts mais je suis vaillament. Dans un effort pour récupérer un peu d'énergie, je m'enfile un kebab mais non, ça ne suffira pas.

Trois heures du mat, je ne tiens plus. Les taxis sont tous blindés. Les vélibs ne vont pas jusqu'à Neuilly, et de toute façon je n'ai pas l'énergie de pédaler sur vingt bornes. Putain, on m'y reprendra à fêter les nouveaux jobs et tout et tout, alors que je pourrais être en train de serrer contre mon coeur un super oreiller plein de soupline (ou pas).

Reste la solution ultime des nuits de lose: le noctambus. Parce que direction Neuilly, faut savoir que c'est toutes les dix minutes. Ouais, c'est dégueulasse mais c'est comme ça, il y en a plus fréquemment que partout ailleurs. Comme quoi les riches ont tous les droits. Viva la revoluzion, blabla, en attendant j'en profite. J'en chope un et je monte à bord.

Et c'est là que vous allez enfin comprendre le rapport avec le titre - car il y en a un. Il ne faut pas croire que je vous mets toujours des intros sans intérêt, parfois c'est passionnant.

Or donc, dans ce noctambus, se trouvait un groupe de gamins bien déchirés, genre 15-20 ans, aussi explosés que moi mais avec des relents d'alcool plutôt que de manque de sommeil.Quelques mecs, quelques filles, et notamment une... joueuse de djumbé (merde, ça s'écrit comment, ça ?) qui se décide à donner un concert improvisé dans tout le noctambus.

Putain, manquait plus que ça. J'ai rien contre le djumbé, au contraire, mais là je veux dormir. Je me prépare à râler avec douceur et amour, mais je me fais doubler par un autre mec, lui aussi complètement fumé... et la conversation qui suit vaut de l'or, je vous la retranscris de mémoire:

- Euh, hello, désolé, ça vous dérange de ne pas jouer là tout de suite ? On est tous crevés et ça nous explose les oreilles
- Et la liberté d'expression ? Sarko il dit que c'est bien la liberté d'expression 
- Ouais mais Sarko il est pas là et moi si donc coupez le Djumbé please
- Non mais regarde Claude Guéant par exemple...
- Quoi il fait du djumbé Claude Guéant ?
- Non mais imagine qu'il en fasse, il se passerait quoi ?

...
Quatre heures du mat, j'ai des frissons, je claque des dents et je coupe le son. Seul sur le lit dans mes draps bleus froissés, pas d'insomnie, j'suis mort crevé.

Encore bravo pour ton boulot mon Gaugau mais la prochaine fois, tu m'en voudras pas, je te souhaiterai tous mes voeux par téléphone ;)
par Batracien
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