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3 janvier 2006 2 03 /01 /janvier /2006 14:54

...parce que le Batracien a aussi un coeur.
...parce qu'il ne parle pas que de cul (mais de son réveillon, aussi)
...parce qu'il lui est arrivé des choses extraordinaires, dont les couples parlent à voix basse, le soir à la chandelle
...parce qu'il est grand, beau, fort, et incroyablement séduisant

Voici la première partie des "rencontres magiques", histoire de donner un peu de sourire et de bonne humeur à tous ceux qui s'ennuient au boulot, genre les experts comptables (pas de bol, j'aurais pu prendre n'importe quelle profession et c'est sur vous que ça tombe).

Bon, j'avais pondu ça l'an dernier. Peut-être que ça vous plaira, peut-être que ça ne vous plaira pas, c'est une expérience... C'est pompeux, c'est grandiloquent... ca va vous faire chier.

Vous êtes prêts ? C'est parti !

__________________________________________________________

Il n'y a pas grand chose de plus déprimant qu'une queue de cinéma. C'est un long serpent ennuyeux, ennuyé, qui rampe lentement sur le sol en dardant parfois un bout de langue. On jette des regards nerveux à la ronde, on se demande s'il restera des places. Ah, l'attente avant le plaisir… On hésite sur son choix. La Grande Séduction, un film quebequois, est-ce vraiment une bonne idée ? Le raclement des pieds sur les dalles de Châtelet donne à la pierre une douceur trompeuse.  
 
Au soir d'une rupture, les queues de cinema sont encore pires. Froides et impersonnelles, elles soulignent l'absence de quelqu'un à ses côtés et le vide qu'on a brusquement dans sa vie.
 
Non, je ne pleurerai pas. Je ne tenais pas vraiment à cette fille de toute façon. Et puis, je ne suis pas seul. Bozo et Bozette à mes côtés rivalisent d'efforts pour me remonter le moral à leur manière, elle avec sa douceur, lui avec ses sarcasmes. Rien de mieux que l'ironie pour se vider l'esprit et sourire au monde.
 
"…de toute façon, ça aurait cassé tôt ou tard. Tu l'aurais empoisonnée avec ta cuisine, ne dis pas non, j'ai déjà goûté ton poulet au curry – tu sais, sans curry.."
Oui, Bozo a une manière bien à lui de me réconforter. Je ne peux m'empêcher de rire..
"Je vais te confier un secret. Le côté maladroit, il ne faut surtout pas que je le change. Quelque part, c'est très touchant. Ca fait croire qu'on peut m'apprendre des choses, que je suis perfectible. Et puis faut bien que j'aie un défaut quand même !"
"Un défaut ? Tu veux dire, genre l'état de ton appartement ? Les vêtements en boule dans un coin ?"
"C'est de l'art moderne. Tu ne peux pas comprendre !"
"Visiblement, elle n'a pas compris non plus"
"Ouais… béotienne !"
 
Le voile de tristesse se déchire lentement alors que l'on se renvoie la balle ainsi. Toutes les ruptures devraient se passer aussi facilement, les regrets s'estompant face aux mille possibilités du monde. Qui sait ce que le destin peut encore me réserver ? J'ai toujours été chanceux, je fais confiance à ma bonne étoile. A un moment ou à un autre, bientôt peut-être, quelque chose de bien va m'arriver. Ce n'est qu'une question de temps pour que je trouve quelqu'un qui parvienne à faire battre mon cœur. Perdu dans mes pensées, je sursaute lorsque Bozo reprend la parole.
 
"Et vous mademoiselle, qu'est-ce que vous en pensez ? Son cas est désespéré ?"
 
Je hausse un sourcil. Il s'est détourné, et son regard passe désormais à travers moi, comme s'il s'adressait à quelqu'un d'autre, hors de mon champ de vision. Mademoiselle ? Comment ça, Mademoiselle ? Avec une lenteur calculée, je me retourne
Et le voile se déchire.
 
Elle est là, un grand sourire aux lèvres, vaguement hésitante de se faire apostropher ainsi. Ni trop grande ni trop petite, mince et élégante, engoncée dans son manteau, les lèvres brillantes de gloss, les yeux luisants, une bouffée de Parfum d'Eté de Kenzo..

Elle avait les cheveux au carré, et je n'avais jamais aimé ça. Comme la plupart de mes amis, je favorise les chevelures luxuriantes, les tignasses rebelles qui cascadent en vagues insoumises. Pourtant, cela n'a aucune importance à ce moment précis. Je regarde son nez retroussé, ses petites taches de rousseur, et je reste muet. Bouche ouverte, bras ballants.
 
Elle a du courage, on ne peut le nier. Dans la même situation, beaucoup auraient détourné les yeux, gênées de cette soudaine attention, et les choses en seraient restées là. Mais elle affronte mon regard avec détermination, un sourcil haussé dans une expression comique, prête à partir au combat.
"Penser de quoi ? De lui ?" demande-t-elle.

Je saisis la balle au bond. Mes pensées tourbillonnent furieusement.
"Oui, de moi. Vous croyez que je suis récupérable ? Malgré tous mes défauts ?"
Elle éclate de rire. Elle le fait très bien, du fond du coeur, avec sincérité.
"J'écoutais votre conversation. C'est vrai que tu ne sais pas faire la cuisine ?"
"Absolument vrai" admets-je gravement. "Une catastrophe. Mais je sais écrire et composer des poèmes, ça compte ?"
"C'est moins nourrissant, mais c'est un bon début."
 
C'est à mon tour de rire, et je réalise à ce moment que je n'avais pas envie que ça se termine comme ça. Que l'on se parle encore une ou deux minutes avec désinvolture, le temps d'arriver au guichet, puis qu'on tourne les talons pour ne plus jamais se voir. Je me sens rougir alors que ma confiance en moi s'effiloche. Je ne suis pas vraiment un grand dragueur, c'était le moins que l'on puisse dire. Et pourtant…

"Je suis désolé, mais tu t'appelles… ?"
Entrée en matière lamentable, je sais. On ne se moque pas, dans le fond
"Gabuzomeu" me répond-elle.

(Oui, les prénoms ont été changés pour les besoins de l'histoire. Je ne connais personne s'appellant Bozo, Bozette ou Gabuzomeu - le contraire serait inquiétant !)
 
Je hausse un sourcil appréciateur, tournant et retournant ce prénom sur ma langue. Ca sonnait bien. Un peu breton avec des relents de soleil, la lumière sur l'écume lors d'un coucher de soleil sur le golfe du Morbihan.
Bozo et Bozette se tiennent en retrait, visiblement amusés de la situation. Je ne leur prête plus attention. Je souris, les yeux dans ceux de cette inconnue, observant leur couleur changeante alors que son âme s'ouvre.
"Grenouille" me présenté-je.
 
Tout d'un coup, le titre du film que j'allais voir prend un autre sens. La Grande Séduction ? Je suis en train de me prendre une claque. Je lui propose de se joindre à nous, incapable de détacher mon regard de son visage. Elle a une aura de douceur, de sensualité et de pureté mélangées, le côté rafraîchissant que je recherche toujours.
Elle hésite, se mordille la lèvre, regarde autour d'elle comme pour chercher quelqu'un. Est-elle accompagnée ? Ses yeux s'assombrissent.
 
"Je ne peux pas, je suis avec un ami, il n'aimerait pas vraiment que je lui fausse compagnie."
Ce non a presque des accents de fête. Un ami, pas "mon ami". Tout d'un coup, le monde parait plus lumineux, les flammes ont quitté les réverbères pour éclairer sa peau. Elle a un sourire étrange, cette fille, comme si le monde lui appartenait, comme si elle n'avait peur de rien. Elle vient de se faire aborder par un parfait inconnu. La seule chose qu'elle sait de moi, c'est que je cuisine mal et que mon appartement est mal rangé. Pourtant, elle reste et elle sourit. Je me sens vaguement euphorique, sans savoir pourquoi.

"Tant pis pour le film… mais j'aimerais vraiment qu'on se revoie" murmuré-je, la gorge nouée.

Et si elle me répondait non, que se passerait-il ? Un cadeau à peine déballé, un plaisir à peine partagé, un bonheur à peine engrangé. Lorsqu'elle me dicte son numéro, je le note avec application. Puis je la regarde partir voir son film, emportant avec elle la magie de l'instant.

Ils allaient voir Immortel, basé sur la bande dessinée d'Enki Bilal. Et moi, je rentrai dans la Grande Séduction. 
 
Silencieux, je regarde le numéro de téléphone qui brille sur l'écran de mon portable. Je savais déjà que j'allais la rappeler.

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Bon, en réalité c'était moins romantique que ça, j'avais des doutes sur son physique, et c'est Daviso qui m'a poussé à l'appeler en disant que si, si, elle était mignonne.

'Foiré de Daviso :p

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Published by Batracien - dans batracien
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commentaires

marjorie 08/01/2006 10:22

Ben plus romantique ou pas que dans la réalité, tout de même, c'est une histoire plutôt actuelle, et très joliment racontée... Et la suite alors??? Hein?

Batracien 09/01/2006 01:24

En l'occurence c'est surtout une histoire vraie ;)J'hésite à mettre la suite, ça va casser le mythe !

myway 04/01/2006 14:44

"j'ai chopé Myway "
Même pas vrai! Et arrête, tu vas me casser tous mes coups, là !

une marmotte 04/01/2006 14:36

happy birthday toi

Frogita 04/01/2006 12:06

Au fait, en parlant de rencontre, qu'est ce qui est arrivé aux 2 énergumènes que vous avez essayé de mettre en couple?

Batracien 04/01/2006 14:16

Succès sur toute la ligne puisque.- Boulet s'est fait jeter et envisage de devenir moine tibétain pour expier ses crimes- Boulette décide qu'elle est trop jeune pour s'abandonner dans les bras d'un mâle et décide d'attendre ses 25 ans.
Hmpf...

Daviso 04/01/2006 11:44

@ M. : "J'en conclu donc que aujourd'hui c'est ton anniverssaire donc, Happy Birthday Grenouille."Niark niark niark...

Batracien 04/01/2006 14:15

"Tous les défauts des mecs", qu'il m'a offert, l'enfoiré !

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