Ce week-end, il s'est passé quelque chose d'étrange. Ce week-end, je suis passé dans la quatrième dimension. Et pourtant, ça n'impliquait aucune débauche à la
vodka ni aucun déhanché minijupesque et accroupi.
Déception de l'auditoire.
Non, ce week-end, j'ai simplement réalisé que j'avais 29 ans, en effet, et que donc il était possible que mes amis du collège et du lycée pouvaient avoir eu une vie un peu différente de la
mienne.
Bref, qu'ils étaient casés.
Voire mariés.
Avec un môme.
Voire trois.
Ca a commencé dans le train pour Grenoble.
**** Flashback ****
Je me souviens le jeudi 10 juillet que j'ai un mariage le 12. Il me semble bien que c'est en périphérie de Paris, mais je ne me rappelle plus trop où et j'ai perdu le faire-part.
Dans un élan d'enthousiasme, j'appelle l'ami en question. Il me répond que c'est en Ardèche.
Oh.
Après quelques coups de fils désorganisés, j'arrive donc à m'incruster dans la voiture de potes qui partent de Grenoble (merci, je vous aime, je vous idolâtre) et à partager leur chambre à l'hôtel
qui, bien entendu, est complet depuis des éons (je vous ai déjà dis que je les idolâtrais ?).
D'où le train pour Grenoble le vendredi soir.
**** Fin du Flashback ***
Ca déchire, je trouve, les flashbacks dans une histoire. Bon, il manque le fondu enchaîné cinématographique avec le héros (moi) qui se prend la tête dans ses mains tandis que le décor change pour
refléter la baignoire tricolore qui le lavait dans sa petite enfance, mais il n'empêche, ça rajoute de la profondeur au récit.
Si.
**** Fin de l'autocongratulation ***
Tout a donc commencé dans le train pour Grenoble. Evidemment, je m'y prends à la dernière minute et évidemment, il est bondé jusqu'à l'anus. Pas de place en seconde, pas de place en première, pas
de surréservation. Je fais donc ce que tout homme normalement constitué ferait dans ce cas-là: je pénètre quand même le wagon avec sensualité et j'attends que le train démarre pour me déclarer au
contrôleur.
C'est 10€ de plus quand on régularise sur place, mais au moins on ne rate pas son train.
Bref. Comme tous les boulets de dernière minute, je poireaute autour des strapontins, puis me dirige vers la voiture-bar pour commander un truc à grignoter. Et là...
Soudain...
Tout à coup...
Subitement...
"Grenouille !" hurle un mec en première classe. "C'est toi ?"
"Ah tiens ouais, c'est Grenouille" clame un autre.
Je me retourne.
Et là, confortablement engoncés dans leur siège, se trouvent deux amis de lycée - ainsi que toute leur petite famille. Ca déborde de partout, entre les deux femmes et les quatre enfants.
Du coup ils giclent un gamin sur les genoux de sa mère et me trouvent un siège (vive la lycée-connexion). Et la discussion commence.
Ils sont tous les deux mariés depuis trois ans, ils ont chacun deux enfants, ils vont en vacances à la montagne puis à la mer avec les pelles et les seaux.
Et ils ont 29 ans, bordel. Comme moi.
**** Fin de l'épisode du train ***
Bon.
Sinon, comme dit en préambule, ce mariage était ardéchois. Avec encore une fois plein d'amis de collège et de lycée, de 28 à 30 ans.
Tous mariés.
Tous reproduits.
Mais que diable allait-il faire en cette galère, que même mon téléphone portable a décidé de se mettre en mode de non-captation pour me laisser me débrouiller sans aucune intervention
extérieure.
Et s'il n'y avait que ça ! Mais avec une indifférence polie, les différents couples se sont enquis de mon état de célibatairitude. Et m'ont demandé comment ca se faisait que je ne trouvais
personne, et qu'il fallait que je sorte plus.
Alors je leur ai raconté le week-end dernier, avec le châlet des îles et la copulation dans les buissons et la conduite alcoolisée et les verres de cocktail et la nuit au banana et les
danseurs homos et les mains au cul et les filles aux poitrines XXL et les bouteilles offertes par le patron et les amies qui se cassent la gueule par terre et les vidéos de Brétigny-sur-Orge.
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