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13 septembre 2006 3 13 /09 /septembre /2006 21:32

Voici la suite des aventures de notre dragueur bourrin et de son pote timide. Elle est pas belle la vie ?


Comme d’habitude, le métro est bondé. Le transport, c’est vraiment une des choses auxquelles je ne me ferai jamais dans la capitale. On a tout à proximité, mais c’est un véritable calvaire de s’y rendre – du coup, chacun reste chez soi.

S’il n’y avait pas eu Bernard, je serais en ce moment tranquillement installé devant la télévision à regarder quelque chose de stupide, la larme à l’œil et la bière à la main. Ou bien j’aurais l’ordinateur allumé et je parlerais à mes contacts MSN en leur racontant mes malheurs pour recueillir la compassion habituelle.

 

Certes, ce n’était pas un tableau très réjouissant. Mais aller sur les Champs-Elysées pour regarder des filles ne me paraissait pas reluisant non plus. En temps normal, je n’aurais jamais accepté de suivre Bernard. Il a beau se comporter comme un véritable buldozer, je sais que j’aurais pu le décourager. Mais là, sans la moindre volonté, je me laissais emporter par les événements. On verrait bien. De toute manière, cela me donnerait matière à des histoires plus étoffées lorsque j’aurai l’occasion de les raconter.

 

Devant moi, il y avait un gamin d’une dizaine d’années qui tenait la main de sa mère. Il dévorait des yeux une petite fille de l’autre côté du wagon, elle aussi flanquée de sa génitrice. Il y en a vraiment qui commencent tôt. Quand je pense qu’à cet âge, je collectionnais les images des Crados et je jouais aux billes dans la cour. Les mœurs évoluent.

 

- C’est la prochaine, me lance Bernard, et je me redresse inconsciemment.

 

Mes yeux parcourent le plan de métro au plafond. Ligne 1, arrêt George V. Nous sommes en plein milieu des Champs-Elysées. Le parfait endroit pour ce qu’il a en tête, évidemment. Je le préviens une nouvelle fois.

 

- Je te préviens, je n’aborderai personne

 

Il hausse les épaules et sourit. Il est convaincu qu’il parviendra à me faire changer d’avis. Je suis sûr du contraire. Bon, d’habitude c’est toujours lui qui gagne ses paris mais là ça me concerne, j’ai mon mot à dire, non ?

 

Les portes du métro s’ouvrent. La foule se presse autour de moi. Ils me poussent et me malmènent alors que j’essaie de descendre. Il y a le temps, bordel. Il est onze heures du mat, donc n’essayez pas de me faire croire que vous allez au boulot. Non, vous êtes des paumés comme moi. Ca serait sympa de me laisser descendre, du coup.

 

Avec un soupir d’exaspération, Bernard s’engouffre dans une brèche. Les gens s’écartent et je le suis. Forcément, si j’avais ses épaules, j’y arriverais aussi… L’escalier roulant se déploie devant  nous ; nous émergeons enfin à l’air libre. Je reprends péniblement mon souffle.

 

-         Bon, tu regardes comment je fais, puis tu te lances, d’accord ? Il sourit de toutes ses dents. Tu vois, je fais d’une pierre deux coups. Je me change les idées et, avec un peu de chance, je me trouve quelqu’un pour la soirée.

 

Je le regarde avec un mélange de commisération et de mépris. Voilà pourquoi je n’aime pas Bernard. Il n’a pas conscience de ce qu’est réellement l’amour. Il se contente de voir comment les choses tournent. C’est une philosophie que je trouve trop simpliste. Ou alors je me prends la tête. C’est possible, il n’est pas le seul à me le dire. Véronique aussi me trouvait un peu chiant. Mais bon, il y a un juste milieu.

-         Je t’ai dit que je ne voulais pas me lancer

-         Attends avant d’être aussi définitif, regarde-moi faire !

 

Je hoche la tête, vaincu. Après tout, il était là hier quand tout allait mal. Je peux bien lui faire ce plaisir et le regarder faire. Il y a une certaine curiosité derrière tout ça, j’avoue. Comme un ethnologue, je vais l’observer à l’affût. Le beauf dans toute sa splendeur. Pathétique. Et pourtant, je l’envie un peu. C’est moi qu’on a plaqué, pas lui.

 

Je le vois suivre du regard plusieurs personnes, sans jamais qu’il ne bouge. Le regard aux aguets, le sourire figé, il a l’air d’un félin au repos. Je ne pousserai pas la comparaison plus loin, rapport à la queue qui pendouille.

 

Soudain, je le vois frémir. Il a repéré une proie. Ses yeux s’étrécissent, deviennent de simples fentes. D’un pas souple, il se dirige vers une jeune fille qui marche seule, un sac de courses Sephora à la main.

 

-         Bonjour ! lance-t-il, son sourire plus animé. J’espère que je ne vous dérange pas ?

 

La fille ralentit, le regarde froidement.

 

-         Un peu, si. Je suis désolée, je suis pressée

 

Il hoche la tête.

-         Je comprends. Est-ce qu’il serait possible de continuer cette discussion un peu plus tard, du coup ? Ce soir, autour d’un verre ?

Elle hausse un sourcil. Le sourire de Bernard est communicatif. Je me prends à la regarder, fasciné. Va-t-elle dire oui ? Si c’est le cas, toute ma cosmologie s’effondrerait. Détrôné, les Zeus et les Jehovah. Premier au panthéon, le Bernard. « Prenez et mangez-en tous » prendrait un nouveau sens.

 

Je la vois hésiter. C’est plus que ce que j’aurais imaginé. Pourtant, sa résolution se raffermit et elle secoue la tête. Ses longs cheveux ondulent dans le vent. Elle est belle – Bernard a bien choisi.

-         Non, vraiment. Mais c’est gentil de proposer.

-         Tant pis ! Bonne journée !

 

Ils échangent de nouveaux sourires et elle disparaît dans la foule. Lui revient, les mains dans les poches, fier comme un bar-tabac.

-         Tu vois, c’est facile !

 

J’ai du mal à comprendre comment il peut afficher tant de sérénité. Je hausse les épaules.

-         Facile, facile… elle t’a quand même envoyé balader !

-         Et ?

J’ai du mal à trouver mes mots.

-         Et ? Et… et c’est insultant, tu ne trouves pas ? Tu ne te sens pas humilié ? Perdu ?

C’est à son tour de hausser les épaules.

-         Pourquoi insultant ? Après tout, elle ne m’avait rien demandé, c’est moi qui l’ai abordée. Je trouve au contraire qu’elle a été très gentille. Et je ne me sens pas humilié du tout.

-         Tu es bizarre.

-         C’est toi qui est bizarre, mon petit Fred. Bon, à ton tour maintenant.

 

Il me regarde. Je déglutis.

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Published by Batracien - dans batracien
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commentaires

Biquette 14/09/2006 22:30

Pas de surprise  en effet , mais c'est agréable à lire, et ça sent le rebondissement au prochain épisode...

rouchambelle 14/09/2006 19:45

c'est pas mal mais sans plus, pas de surprise, du deja vu...ou peut etre que je lis trop ;)

Gorgonzolla 14/09/2006 19:22

Bernard, il ferait pas de la vente par correspondance par hasard? L'autre fois, un dingue m'a appelé pour me vendre je sais plus trop quoi et il avait le même discours... "J'espère que je ne vous dérange pas gna gna gna..." ... " Je comprends... puis-je vous rappeler à un autre moment"... J'avais beau dire que j'étais pas intéressé, le gars avait toujours une phrase à sortir derrière.. Jusqu'au moment où je n'ai plus rien dit... Le silence, c'est ça, la meilleure réponse...

shinzawai 14/09/2006 17:59

Mhm....bof.
Je préfèrais celles d'avant.

Mllegazou 14/09/2006 15:54

Alors la suite ?? c'est sympa à lire... et ça me rappelle des types qui m'abordent dans la rue !! Au moins, ton Bernard, il a un peu plus de classe que le Black qui m'a sorti : "Madame, t'as une belle poitrine !!"
:-P

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