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Desproges était un grand.
Bon. Parce que le courroux, c'est bien. La juste colère, c'est sympa. La sortie indignée à la Ségolène Royal, c'est excellent. Mais il ne faudrait pas voir à râler au mauvais moment, à mauvais escient, ou avec un mauvais rapport de force, sinon on a l'air con.
J'ai par exemple à l'esprit l'histoire d'une ou deux amies qui après une dispute avec leur mec ont claqué la porte de rage - avant de réaliser qu'elles avaient l'air con en nuisette dans la rue dans un quartier qui n'est pas le leur. Bon. Juste comme exemple, hein.
Mais prenez hier (même s'il n'y est pas question de nuisette).
Je devais manger avec Cham à la Taverne de Cluny, un restau/bar dans le quartier latin, qui proposait pendant le repas un concert de jazz manouche (totalement ma tasse de thé, vous admirerez les efforts :p). On s'installe vers 20h40 (l'horaire est important) pendant que l'orchestre accorde ses guitares, et on réalise que c'est l'happy hour de 19h à 21h ! Mais ouais, cocktail moitié prix, la classe.
On s'empresse donc de commander pour profiter de l'offre, et on demande à manger également. 15 minutes d'attente, et on nous apporte enfin nos verres. Avec, évidemment, une addition qui ne tient pas compte de l'happy hour.
Bon, c'est pas pour quelques euros qu'on va râler, mais j'aime pas trop me faire prendre pour un con. Alors je chope le serveur pour lui expliquer qu'il est bien gentil mais que ce n'est pas parce qu'il est lent et mou qu'on va devoir casquer. Il proteste et nous dirige vers le patron.
Rebelote, je vais voir le patron, qui regarde le ticket. Conversation de sourds:
- Ouais, on était en happy hour
- Ben non sur le ticket c'est marqué 21h02, désolé
- Votre serveur met trois plombes à enregistrer, tant pis pour vous, mais on a commandé avant l'heure
- Vous n'avez aucune preuve et vous m'emmerdez, allez vous faire foutre.
Entre temps, les plats sont arrivés (dont un poulet-frites pour la pauvre Cham qui avait commandé une salade poulet, décidément c'était la soirée). Du coup, on pousse une gueulante, on paie les cocktails et on se barre pour aller manger ailleurs. Ils en seront quitte de deux repas qu'ils devront jeter ou réchauffer pour le client suivant (vous étiez à la Taverne de Cluny, vous ?).
Bon. Sur le moment ça fait du bien de gueuler quand on est face à des cons obtus. Mais une fois dehors, on se prend à réfléchir. Merde, on a faim. Merde, on était quand même là pour voir un concert. Merde, il pleut. Merde, ce n'est notre quartier à aucun des deux, on ne connaît pas d'adresse dans le coin ouverte un lundi. Merde, quoi.
Du coup, trempés et affamés, on a fini par se rabattre sur les Champs. Sans concert manouche. Sans happy hour. Mais avec la satisfaction de la justice bien faite (ou pas).