Ce matin, j'ai croisé mon voisin d'à côté. Le seul, l'unique. Comment le décrire ? Comment vous faire sentir toute la puissance de cet être incomparable ?
Ma première rencontre avec lui date des travaux dans l'appart, quand j'avais frappé à sa porte pour le prévenir que j'allais faire du bruit. Le coeur plein d'appréhension à l'idée de tomber encore sur un voisin chiantissime, avocat d'affaires et bruitoréfractaire, je toque.
Et j'entends une voix éraillée.
- Oui ouiiii, j'arrive, attendez, je suis tout nu et c'est pas vraiment un spectacle réjouissant, je cherche mon peignoir
- ...
Quelques bruits derrière la porte, un froissement de tissu, et ça s'ouvre pour révéler...
Pour révéler...
Imaginez un croisement avec Sim et Yoda, un vieux décharné et rigolard avec les cheveux dans tous les sens, qui a toujours l'impression de planer avec un grand sourire aux lèvres. Il est libre, Max, yen a même qui disent qu'il est défoncé.
Bref. Il me sourit, il est tout content qu'on vienne lui parler.
- Ah ben c'est vous le jeune homme d'à côté ! Entrez, entrez, qu'est-ce que je peux faire pour vous ?
Je lui explique que je vais probablement faire du bruit dans la journée bicoz perceuse et marteau et parquet flottant.
- Non mais allez-y, allez-y hein, de toute façon moi quand je regarde mes séries ya plus rien qui existe, faites-vous plaisir mon garçon, et surtout laissez pas les emmerdeuses comme celle de dessus vous gâcher la vie. Et sinon, c'est bientôt votre pendaison de crémaillère ? Vous allez en faire une ?
- Euh... oui, mais j'essaierai de...
- Mais non, n'essayez rien du tout, attendez, vous allez quand même pas vous retenir alors que c'est votre emménagement ! Franchement, amusez-vous, dansez, mettez de la musique, riez, je ne demande que ça, ça fait de l'animation.
- ...
Bon.
Et là, ce matin, je le recroise dans l'ascenseur. Conscient du bruit qu'on a pu faire samedi soir, je m'excuse platement. Et là, avec un sourire désarmant, il me fait:
- Ah non mais j'ai rien entendu, elle a dû se finir à 22h votre pendaison parce que j'ai dormi comme un bienheureux. Franchement, à votre âge, c'est triste des soirées qui se terminent aussi tôt.
- Euh en fait ca s'est terminé à 4h du matin...
- Ah ? Non, j'ai rien entendu du tout. La jeunesse, c'est plus ce que c'était.
- ...
Mon voisin, le tueur.