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Je sais, ça fait un certain temps que le 14 juillet est passé. Je ne suis pas up to date, comme on dit. Moi qui m'étais fait un devoir de vous transmettre l'information au jour le jour avec plus de professionnalisme qu'un journaliste de France Soir à Bagdad, je me sens pris au dépourvu.
Parce qu'il y avait des choses à raconter, sur ce fameux 14 juillet.
Déjà, je l'ai passé avec ex-Dulcinée. Elle s'est vaguement fâchée avec toutes ses copines pour cette histoire d'hébergement, elle avait le regard tout triste et l'oeil humide, je ne pouvais qu'annuler mes propres plans pour lui proposer de passer cette soirée ensemble. Et franchement, c'était très sympa.
Comme tout parisien qui se respecte et qui n'a pas peur de la foule, on a décidé d'aller regarder le feu d'artifice sur le champ de mars. Comme je n'ai pas la moindre idée de l'heure du spectacle (oui, le temps que les neurones se connectent et que je réalise qu'il faut que la nuit soit complète, il était trop tard), je propose un rendez-vous à 19h00.
Heureusement, finalement, parce que tout était déjà pris d'assaut. Des milliers de visiteurs, que dis-je, des millions, que dis-je, une péninsule ! Beaucoup de touristes, d'ailleurs. Il y avait des couvertures et des glacières partout. Moi, je n'avais qu'Ex-Dulcinée.
On se fraie un chemin dans la foule, on trouve une place idéale en écartant à coups de pieds les coréennes qui nous barrent la route. On chope la couverture d'un couple qui de toute façon se bisouille dans l'herbe et on s'allonge.
Et alors là, pardon. Oubliez Meetic, oubliez les agences matrimoniales, oubliez le bal des pompiers et toutes ces occasions fabuleuses de rencontrer l'âme soeur. Rien, absolument rien, ne vaut la promiscuité complice du Champ de Mars un 14 juillet. Là où on se trouvait, il devait y avoir une dizaine de dragueurs au m², et autant de touristes filles en bande, seules et vulnérables. En quelques minutes, ça tournait à l'orgie.
Il y avait des allemandes qui riaient beaucoup, des espagnoles au string apparent, des italiennes couvertes de leur drapeau avec les maquillages adéquats, et tout d'un coup toutes les langues fusionnaient, au propre comme au figuré. L'esperanto comme vous ne l'aviez jamais imaginé. L'Union Européenne dans son sens le plus beau. Et des asiatiques à la pelle.
Bon, moi j'étais coincé avec ex-Dulcinée, donc je suis resté spectateur. Mais c'était beau à voir. Les manoeuvres, handicapées par la barrière du langage, n'étaient pas très subtiles mais c'est ça qui était grand. "Moi Tarzan, toi Jane, ça couverture". Ca marchait plutôt bien.
Et puis le feu d'artifice a commencé, et les premières notes de Mozart (j'ai bien aimé son dernier single) se sont élevées vers le firmament étoilé, et la foule a poussé des oh ! et des ah ! et les enfants ont ouvert de grands yeux, et les amoureux ont cessé de se pourlécher les babines un instant.
Grâce à Delanoë, le 14 juillet a changé de vitesse. Il a bien mérité son surnom d'embrayage. Vive la pédale de gauche.
(rhooo).