Un blog qui parle de sexe, d'amour, de sexe, de sentiments, de sexe, de rencontres, de sexe, de tendresse, de sexe, de douceur, de sexe, de fraîcheur, de sexe, de complicité, de sexe. En gros.
Evidemment, ces titres ne sont pas de moi mais je les trouve sympas donc j'en abuse sauvagement.
Comme 21 millions de français, j'ai regardé le débat de jeudi soir. Et comme 21 millions de français, j'ai ma propre opinion dessus. Ben ouais, autant de points de vue que de spectateurs, c'est quelque chose d'excellent. Selon les personnes qu'on interroge (partisanes ou non, d'ailleurs) c'est Ségo qui a été la meilleure, ou alors Sarko. Sans compter les médias qui se déchaînent sur l'inversion des tendances, à savoir une Ségo colérique et un Sarko mou.
Bon. Comme je pense que ça vous passionne, je vais vous donner mon opinion. Elle n'est pas tendre pour Ségolène.
Ca va vous paraître prétentieux et élitiste, mais j'ai toujours préféré les gens qui réfléchissaient vite, qui fonctionnaient rapidement, qui comprenaient en un battement de cils, qui carburaient bien. Ca donne des discussions beaucoup plus intéressantes que lorsque tout est préparé avec l'ardeur d'une bonne élève.
Car finalement, et ça me navre de devoir le dire, Ségolène a donné l'impression d'avoir le QI d'un poulpe. Certes, elle était préparée. Certes, elle avait bossé ses dossiers, de la même manière qu'elle a certainement bossé avec acharnement pour avoir l'ENA. Mais le résultat s'en ressentait.
Le début est un modèle du genre. Elle a appris plein de chiffres, elle veut les sortir, trop vite, trop mal. Ca me rappelle les kholles que j'ai pu faire passer en prepa. L'étudiant qui tente de bien faire et qui sort sans rime ni raison les chiffres-clés qu'il a appris pour son exposé. En regardant ça, je me suis dit "et merde, elle est foutue". Le discours était mécanique, froid, avec une intonation décalée. Honnêtement, c'était beaucoup mieux que son discours du 22 avril, mais on sentait tout de même la leçon bien apprise. A croire qu'elle a révisé les intonations à avoir pour sonner juste - forcément, ça sonne faux.
Et tout de suite après, le drame. Le choc sur les femmes policières qui doivent être raccompagnées chez elle. Cette mesure, donnée trop rapidement, sans explication, fera certainement tiquer les spectateurs. En tout cas du pain bénit pour Sarko qui ne s'empêche pas d'ironiser dessus.
Un thème clair du débat proviendra des sujets mis en avant, qui semblent surgir de leur expérience personnelle et ministérielle: finance/économie/insécurité pour Sarko, famille/école pour Sego. Malheureusement, et ce n'est pas une surprise, les propositions ayant trait à la famille n'ont pas forcément le même écho gaullien que celles qui renvoient à une fondation économique.
On a beaucoup reproché à Ségolène Royal d'être trop floue, et je suis d'accord. C'est une chose de ne pas faire de promesses avant d'accéder aux plus hautes fonctions, c'en est une autre de se laisser mener du début à la fin par le bout du nez. Sarko donne l'illusion de proposer du concret en étalant des exemples concrets. Le procédé est vieux comme le monde, mais comment Ségo peut-elle lutter avec ses propositions trop mal ficelées ? Evidemment, elle cherche à élever le débat présidentiel - après tout, ce ne sera pas elle la chef du gouvernement - mais face à un adversaire précis, elle se laisse perdre.
Finalement, le grand drame de cette histoire, c'est le décalage entre leur conception de la présidence: Sarko se voit en grand timonier, en Napoléon qui décidera tout à l'euro près et impulsera ses décisions. Ségo se voit comme une présidente qui donne les grandes orientations et laisse au gouvernement - et notamment au premier ministre - le soin d'appliquer.
Il est évident que la deuxième version est plus saine: on ne saurait tout savoir sur tout et l'autoritarisme a ses limites. Le souci, c'est que ça passe mal à l'antenne.
J'ai particulièrement apprécié le clin d'oeil de Sarkozy lorsque Ségolène s'emporte sur les handicapés. Grosse erreur de sa part, grosse erreur de jugement. On peut se mettre en colère, mais pas sur un sujet si facile à repousser. Les chiffres sont là et ils sont bons, grâce à Chirac. On dira ce qu'on voudra, on contestera les méthodes, les références, on en appellera à la région, mais le fait est qu'aujourd'hui, les chiffres sont meilleurs qu'en 2002. Pourquoi alors se lancer dans une telle provocation sur un tel sujet en faisant le jeu de son adversaire ? Il y avait des dizaines de domaines où elle aurait pu monter sur ses ergots et lancer sa bombe.
Là, elle a simplement donné du grain à moudre à Sarkozy qui ne peut contenir un demi-sourire. "Vous perdez votre sang-froid, c'est pas une bonne idée". Je suis absolument fan de ce retournement, qui ne pouvait qu'avoir l'effet souhaité sur Ségolène: la faire patauger.
J'ai trouvé Sarkozy magistral de bout en bout, ne perdant l'initiative qu'à un endroit: celui du transfert des fonctionnaires des régions et des collectivités territoriales. Là, Ségo a été magnifique. Là, elle a tout déchiré. Là, je l'ai aimée.
Mais pour le reste, Sarkozy a été l'animal politique qu'il a toujours su être. Trop subtil, peut-être, pour certaines personnes qui ont pris ses demi-sourires et sa politesse pour du recul. Mais, pour avoir observé avec attention de nombreux communicants, et pour être moi-même dans un métier du paraître, je ne peux que lui tirer mon chapeau.
On dit que Ségolène a bien résisté. Je suis d'accord, elle a fini par prendre un peu d'assurance. Mais elle n'a réussi à tenir (et encore, à quel prix ?) simplement parce qu'elle se faisait ménager par son adversaire, tellement sûr de sa force qu'il restait tranquille et zen dans la comparaison de programme. Il a laissé Royal s'enferrer dans les attaques personnelles. C'est mal, c'est mal.
Au final, ce débat ne changera rien pour moi. J'admire le communicant mais j'exècre son incompétence. Mon vote sera donc, comme toujours, anti-Sarko. Je ne veux pas de lui.
Le souci, c'est que ça ne suffira pas. En une soirée, elle a perdu une grande partie des électeurs de Bayrou (cf le Monde, Libération, le Figaro). Tout ça à cause du flou de ses propositions. Alors que c'est justement son point fort.
La vie médiatique est cruelle.