Un blog qui parle de sexe, d'amour, de sexe, de sentiments, de sexe, de rencontres, de sexe, de tendresse, de sexe, de douceur, de sexe, de fraîcheur, de sexe, de complicité, de sexe. En gros.
Me voilà donc prêt à prendre le train en prétextant un séjour quelconque chez des amis parisiens. La famille me regarde d'un drôle d'oeil mais ne me met pas de bâtons dans la roue, joie et bonheur. J'achète mon billet avec ma superbe carte 12-25 et je remonte dans la capitale pour fêter dignement ledit anniversaire. Prudent comme toujours, j'écris l'adresse où me rendre sur un morceau de papier, ainsi que le numéro de la fille si jamais j'avais un ennui.
J'ai eu un ennui: j'ai oublié le papier chez moi.
...
Bon, je voudrais vous y voir, vous, j'avais plein de trucs auxquels penser, genre le billet de train, les vêtements pour l'occasion, le cadeau.
J'ai eu un ennui: j'ai oublié le cadeau chez moi.
...
C'est un peu un sketch, la vie avec moi. Je me retrouve sur le quai d'une gare de la banlieue parisienne, vers 23h, sans cadeau, sans personne à appeler, et évidemment avec la pluie qui tombe. Parce qu'une scène glauque, ça nécessite un bon gros orage pour compliquer les choses. Je cours me réfugier dans une cabine, la pluie tambourine dessus, je me sens très con en sortant ma carte téléphone (oui oui, à l'époque, c'était la préhistoire, on n'avait pas de portable, on se servait des cabines téléphoniques, c'était en 1999).
Je pourrais appeler mes parents pour qu'ils chopent le morceau de papier là où je l'ai laissé, à savoir sur mon lit. Mais ce serait me griller à vie et me ramasser pour le restant de mon existence des clins d'oeil complice quand je parlerai de "voir un ami". Plutôt mourir. Bon, aujourd'hui je pourrais appeler ma soeur pour qu'elle le file en cachette des parents, mais à l'époque elle avait 12 ans et se serait fait un plaisir de me dénoncer (mwhhaha, enfoirée, si tu me lis).
Du coup, en désespoir de cause, j'appelle les renseignements (à cette époque on appelait ça le 12).
"Bonjour" fait la voix enjouée, "comment puis-je vous aider ?'"
"Euh, ben, je cherche l'adresse et le numéro de la famille XXXX, située à XXXX"
Pause, pages qui se tournent.
"Il y a douze réponses dans la ville. Vous avez le prénom du père de famille ?"
"Euh... non. Lisez-moi les adresses plutôt, ça devrait me rappeler quelque chose"
Complaisamment, la fille s'exécute. Elle a l'air sincèrement désolée pour moi. Faut dire que je lui ai bricolé une petite histoire impliquant un amour éternel que je n'arrivais pas à retrouver depuis la maternelle, ça l'a émue aux larmes.
Les choses se compliquent quand je me rends compte qu'aucun des douze noms n'a une adresse qui me dit quelque chose. Je lui demande d'étendre la recherche aux coins avoisinants, et là malgré son émotion elle commence à faire la gueule. J'essaie de répondre avec des yeux de cocker mais par téléphone ça marche moyen.
Finalement... finalement... "il y a quelqu'un de ce nom à Trouducul sur Garonne, ça vous dit quelque chose ?"
OUIIIIII ! C'est ça !!!! C'est trouducul sur Garonne ! Si je n'étais pas coincé comme une loque dans une cabine, j'exécuterais bien un moonwalk pour fêter ça. Tout excité, je chope le numéro et l'adresse. La femme des renseignements redevient pleine de sollicitude pour me souhaiter que la fille réponde à mes sentiments avec une flamme égale à celle dont j'ai fait montre ces dernières années de traque. Putain, je ne me rappelle plus ce que je lui ai raconté, mais ça devait faire peur..
Je raccroche pour composer en frissonnant le fameux numéro. Evidemment, il faut que je tombe sur les parents.
"Oui ?"
Pause.
"Euh oui, c'est Grenouille, je suis à la gare, je ne sais pas trop où, je pense qu'il va falloir me chercher, il pleut à verse, je suis désolé d'appeler si tard mais j'avais paumé le numéro, ah oui au fait j'ai aussi oublié le cadeau pour votre fille alors si vous pouviez me dépanner..."
Pause.
"..."
"..."
"On arrive."
Fondu enchaîné. Fondu déchaîné.