Un blog qui parle de sexe, d'amour, de sexe, de sentiments, de sexe, de rencontres, de sexe, de tendresse, de sexe, de douceur, de sexe, de fraîcheur, de sexe, de complicité, de sexe. En gros.
Il y a des restaurants dans lesquels on sait à quoi s'attendre. Le Quick, le McDo, c'est des endroits plutôt sympas: on sait que la bouffe va être moyenne et le cadre très bof, mais on ne s'en formalise pas trop. On communie tous autour d'un Big Mac ou d'un Quick'n'Toast dans une joyeuse ambiance de frites trop grasses.
Et puis il y a des restaurants qui ont un don naturel pour nous faire passer des soirées étranges. On en ressort et on se demande si on a rêvé ou non. Prenez hier soir, par exemple. Dans un souci d'égalité et de fraternité, je me préparais à rencontrer des amis de Krisprolls sur Paris. Des gens super sympas, dans la pub comme elle donc forcément fréquentables. On se donne rendez-vous à la fontaine Saint-Michel, on se mouille le cul sur la margelle de la fontaine, on les voit arriver, ça se bisoute de partout, c'est un bonheur. Et Dulcinée est très belle.
Mais là, c'est le drame. Une fille dont je tairai le nom par respect pour les amis de Stimorolette agite les bras avec énergie en disant "ouaaaaais je connais un super restau, c'est un truc thibétain, vous allez voir, le thé au lait salé c'est l'antichambre du nirvana, c'est vraiment sympa, ya des plats typiques, un vrai bonheur !"
Bon.
Moi, quand on me propose le nirvana, la typiquité et la bonheuritude, je suis plutôt pour. Yavait que le côté "thé au lait salé" qui m'inquiétait un peu, c'est pas vraiment mon truc, mais je me suis dit pourquoi pas. Erreur fatale.
Nous marchons dans les rues parisiennes jusqu'au Lhassa (Métro Maubert Mutualité, attention, je vais faire de la mauvaise pub). On rentre dans l'établissement et on nous installe à l'étage. Les choses, tout de suite, commencent à nous inquiéter.
Le plafond de l'étage fait 1m70 environ. Du coup, pour les filles du gabarit d'une Stimorol, ça passe encore. Heureusement qu'elle n'avait pas mis de talons, quoi. Pour moi, c'est plus compliqué. Je m'explose le crâne contre une poutre avant de me voûter tel un centenaire qui réalise qu'on essaie de lui faire une fellation.
Et la chaleur, mes enfants, la chaleur ! Oh my god, mais c'est pas possible ! Ca brûle, ça étouffe, ça pique la gorge, on a l'impression de se retrouver dans un épisode de koh-lantah sans les moustiques mais avec la jungle. Une bouffée d'air musqué de marécages tropîcaux nous assaille alors que nous prenons place. Là, déjà, je le regrettais, mon MacDo.
On regarde la carte. Que des trucs imprononçables et dépaysants, là au moins pas de souci. Du Soushishashen Jushibai, du Taitensheki Wabek, plein de trucs comme ça sauf que eux sont beaucoup plus doués que moi pour inventer des noms exotiques. Et quand on regarde la traduction, on voit que c'est des boulettes d'orge avec du lait de yak (enfin de femelle de yak, vivent les blagues sur la traite manuelle du mâle), des plats à base de porc, de poulet, d'agneau, de poisson... comme dans un MacDo mais avec des noms différents.
Et, évidemment, le thé au beurre salé en apéritif.
Les plus observateurs auront noté que le thé au lait s'est transformé en thé au beurre, c'est normal, c'est la copine qui était un peu neuneu et qui avait confondu. Mais rassurez-vous, ce n'est pas là l'intérêt de l'anecdote (faut pas déconner, ya un intérêt à tout ça sinon je ne me ferais pas chier à l'écrire (quoique)).
On commande donc nos apéritifs et nos plats.
Une heure plus tard, montre en main, nous n'avons ni l'un ni l'autre, ni d'ailleurs une carafe d'eau ou du pain. Non, je n'exagère pas, je parle bien d'une heure entière. Heureusement que les amis de Dulcinée sont sympas sans quoi je me serais défénestré pour récupérer un peu d'air frais et de hauteur de plafond.
Une seconde heure se passe et nous n'avons toujours pas nos apéritifs. On est allés gueuler un peu mais visiblement tout le monde est dans le même cas au niveau du restaurant. Du coup, une ambiance de franche camaraderie teintée de fatalisme s'est liée avec les autres tables (qui étouffent autant que nous). Quand un plat passe par miracle dans le coin, on regarde tous avec convoitise pour savoir qui va l'avoir et on s'encourage mutuellement. Les déceptions sont nombreuses. M'enfin ça permet de faire connaissance.
Finalement, 2h30 après notre entrée dans le restau, nos plats arrivent enfin. Ils ont à peu près la taille d'un oeuf d'esturgeon, mais sans le côté gros riche. En trois bouchées, je finis mon plat. J'ai faim, alors je lorgne sur les nouilles de Dulcinée mais bon, ca avait pas l'air trop bon. Heureusement, notre première carafe d'eau arrive enfin pour compenser les épices. On en profite pour remplir un verre de plus histoire d'avoir des réserves pour la prochaine disette.
On se renseigne sur nos apéritifs mais non, visiblement on aura le kir en dessert. Pas grave, c'est sucré après tout. 5mn après que les plats soient arrivés, on a tous fini et on attend avec curiosité la suite des événements.
Comme je suis quelqu'un de super sympa (tout le monde le dit alors ça doit être vrai, je suis un sacré sympa), j'invite la Kyrieleve à nous rejoindre, tant qu'à faire, qu'on soit pas les seuls à suer et transpirer dans cet espace reclus. N'étant pas prévenue de ce qui l'attend, elle accepte. Huhu, parfois nous sommes cruels.
Elle arrive, se cogne la tête comme moi, se faufile dans le trou de souris comme moi, manque d'eau comme nous tous, et commande un thé au beurre salé comme nous également. Faut dire que comme on n'a pas eu les nôtres, on a un peu peur pour le sien, si ça se trouve elle l'aura vers trois heures du mat.
Le restaurant s'est vidé petit à petit de ses habitués qui ont tous pris la précaution de venir à 19h pour avoir une chance de terminer pour le dernier métro. Une table derrière nous, incapable de descendre l'escalier branlant pour cause d'embouteillage, nous conseille de prendre les choses avec fatalisme. On discutera bien dix minutes avec eux dans l'ambiance surchauffée car 10mn sera le temps qu'il leur faudra pour descendre. Kyrieleve a une touche. Krisprolls se pisse dessus tellement elle se marre.
Enfin, nos thés arrivent. C'est dégueulasse. Qui a eu l'idée saugrenue de faire fondre du beurre dans du thé et d'appeler ça thé au beurre ? Heureusement, je raconte des blagues pour détendre l'atmosphère, genre "ouais, le thé au rhum de pythagore". Haha, sommes-nous taquins.
Epuisés, fatigués, affamés, ébouillantés, courbaturés, nous sortons finalement victorieux de l'aventure et, en file indienne, descendons ce fameux escalier pour aller payer notre obole et retrouver enfin l'air nocturne.
Nous sommes rentrés dans le restaurant vers 20h50. Nous en sommes sortis vers 0h10. Nous avons eu des aliments devant nous pendant 10 minutes environ. Test: faites le compte de l'attente.
Et, étrangement, j'ai quand même passé une excellente soirée avec des gens super sympas et le rapprochement des autres tables. Comme quoi, le restaurant tibétain, c'est bien la philosophie bouddhiste: tu attends, mais tu attends sereinement.
Bon, je ne vous raconterai pas la fin de soirée où nous avons fait les fous sous Dalida dans un bar lesbien du marais car ce serait un peu trop vous émoustiller, mais les shots furent bons et les filles semi-opulentes.
J'hésitais à me raser le crâne pour rejoindre le Tibet, maintenant que j'ai goûté la nourriture je vais me reconvertir vers une religion plus goûtue.