Un blog qui parle de sexe, d'amour, de sexe, de sentiments, de sexe, de rencontres, de sexe, de tendresse, de sexe, de douceur, de sexe, de fraîcheur, de sexe, de complicité, de sexe. En gros.
A force de prendre le train aussi souvent, plusieurs fois par semaines (merci la carte Grand Voyageur), ça ne peut que partir en couilles de temps en temps, avec des histoires débiles, des rencontres amusantes, des filles complètement givrées.
L'exemple le plus flagrant avait été celui de la fille du train, qui avait tout de même squatté ce blog sur plusieurs articles avant de retomber dans un anonymat rafraïchissant.
On la rencontre là, et puis on en parle là, et puis on approfondit là, et puis on s'en sépare là.
Des gens comme ça, on ne les rencontre qu'une seule fois dans notre vie, penseriez-vous. Il est impossible après avoir vécu ça de remonter dans le train et de rencontrer quelqu'un d'aussi barré.
Eh bien faut croire que si.
Ce matin, je prends le train pour aller voir un client, je m'installe dans un petit compartiment, il y a une fille quelques sièges plus loin et le reste du wagon est vide. Je prépare mon petit DVD pour passer un moment agréable, je réalise que je n'ai pas d'écouteurs, je demande si ça va la déranger si je mets le son, elle répond non.
Jusque là, vous noterez la sensualité de l'échange.
Bon, c'est une jolie blonde, un peu âgée pour moi (mon âge, quoi), habillée avec une BCBG-itude qui fait vraiment peur (genre chemisier droit, jupe droite, châle et broche, la versaillaise en paquet cadeau avec le petit noeud là où il faut). Elle a l'air sympathique mais sans plus. Du coup, j'esquive fourbement une perche qu'elle me tend pour regarder le DvD avec moi et je me plonge dans l'épisode. Ouais, je suis un gros con, en même temps vous allez voir que le destin ne l'entendait pas de cette oreille.
Vingt minutes à peine se passent quand tout d'un coup les contrôleurs arrivent avec des prisonniers sous le bras (oui oui, menottes et tout). "Bon, les jeunes, vous êtes dans la voiture 18, c'est là qu'on garde les gens pour que la douane les fouille donc merci de trouver une autre place si vous pouvez".
Ni une ni deux, on se fait jeter de l'endroit confortable qu'on avait trouvé pour investir un nouvel endroit. Et évidemment, ça incite à discuter. Putain, ma série, merde, je voulais savoir la suite !
Et là, la conversation prend un tour étonnant. La fille se présente comme psychothérapeute et on aborde donc les sujets des sentiments, de la timidité, de la confiance en soi. Elle se met en tête de m'analyser et me suggère de m'allonger pour rentrer dans le personnage. Je décline poliment, mais ça ne la perturbe pas pour autant. Elle me regarde droit dans les yeux et me fait:
"Bon, je sens que quelque part, tu es comme un oeuf, tu vois, avec la coquille brutale qui t'entoure en permanence, la plupart des gens doivent s'y arrêter et t'imaginer joyeux et gouailleur* alors qu'en réalité, c'est ton jaune d'oeuf qui cherche désespérément à s'exprimer et qui n'arrive pas à briser la coquille. C'est important, tu sais, le jaune d'oeuf, c'est ça que les gens dans la société moderne n'arrivent pas à mettre en avant".
Je reste muet devant une telle analyse. J'essaie de lui expliquer que mon jaune d'oeuf se porte très bien, merci, et que pour ce qui est du blanc c'est encore mieux, mais la voilà repartie dans ses théories (intéressantes, d'ailleurs, mais un peu à côté de la plaque). Je m'en prends plein la gueule.
Exemple: elle me dit "je trouve qu'on a une conversation super profonde et intéressante, là".
Evidemment, je réponds: "ouais, en même temps fallait bien ça pour compenser le DVD que tu m'empêches de voir".
Et là ses yeux lancent des éclairs: "tu vois, c'est ce que je voulais dire, tu te sers de l'ironie comme bouclier pour te protéger tous les jours, tu es incapable d'accepter un compliment sincère, c'est pour ça que tu n'arrives pas à te projeter dans une relation, tu ne sais pas t'abandonner. N'importe qui d'autre aurait dit "merci" ou alors aurait relancé avec un compliment mais toi tu désamorces, tu fais toujours ça, t'es quand même bizarre, tu as vécu une mauvaise expérience ?"
J'en reste sur le cul. Voilà qu'au lieu de ma série préférée, je me retrouve dans une pleine séance de psychologie de comptoir, gratuite et gratifiante (ou pas). Je hausse un sourcil devant sa plaidoierie mais elle est tellement dans son truc qu'elle n'y fait pas attention. Elle se rapproche de plus en plus, exaltée par ses conclusions, et je me tortille pour garder la distance. Heureusement, le train arrive en gare. Je descends, elle continue.
Elle me donne sa carte professionnelle, sur laquelle elle gribouille: "pour une consultation plus intime, quand tu veux". Et me fait un clin d'oeil avant de se replonger dans ses bouquins de psycho.
Me voilà sur le quai de la gare, un numéro dans les mains, à me dire que la vie est quand même super mal faite. Pourquoi les filles pour qui j'ai des coups de coeur ne prennent pas le train ?
Et les Versaillaises sont plus libérées qu'on le croirait.